Politique et humour
(22.15) à l’écran du dicoweb, il est temps pour moi de retrouver F10, je vais emprunter l’ascenseur de service, il n’y a pas de couvre feux mais j’ai quand même récupéré un passe qui me permettra de sortir de la tour 121 avec F10. Elle est là, menue, elle m’attend à l’étage +100 devant le puit de descente. Elle a revêtu une combinaison d’un bleu foncé, comme la mienne, elle a caché ses cheveux blonds sous une caquette sombre. Ainsi nous passeront ainsi plus discrètement, sous l’œil inquisiteur des caméras. Les surveillants distraits, regardent les programmes de divertissements distribués sur le dicoweb, des épisodes entrecoupés de pub ou de messages citoyens, on ne dit plus propagande, mot désormais interdit . Enfin F10 s’installe à coté de moi, elle se cramponne à mon bras au moment du plongeon vers le niveau –1. Nous prendrons le Politain, il va nous conduire au Pôle Emplois, à la limite du « nomaneceland » enfin là ou personne ne vient en principe, la zone quoi ! Alors nous sortirons , mon passe nous permettra de quitter les couloirs du Politain en toute discrétion. Je regarde F10, elle connaît le passage et me suit sans un mot.
Comme prévu, nous sortons par une vieille porte de secours, nous voilà dans la nuit éclairée par de faibles rayons de lune, au loin on distingue les fenêtres illuminées des tours, celles ci se dressent vers le ciel, nous empruntons une ancienne route, l’herbe folle a repris ses droits, ces taches de verdure sur cette route défoncée sont un appel à autre chose. F10 me prends la main et nous voici cheminant vers l’ancienne ville, la ville basse, là ou plus personne ne va, là où seuls les Résidents de non Droit osent encore s’ installer, ils n’ont pas d’autre choix . Nous approchons d’une maison de quelque étages, délabrée. Les volets et les fenêtres ont été vandalisés, démontés sans doute pour équiper un habitat de fortune situé plus au centre de ce qui reste de la vieille ville. Nous avançons en silence dans la pénombre, à chaque bruit insolite, je sens les doigts de mon amie serrer les miens, au loin on perçoit le bruit des souffleries de ventilation des tours.
Nous progressons ainsi jusqu’à une bâtisse moins démantibulée que ses voisines, nous pénétrons par une porte dérobée dans cet immeuble, on entend quelques cris provenant des étages, des pleurs d’enfants, des bribes de conversations en espagnol ou en italien. Des Résidents de Non Droit, installés ici vivent dans une tranquillité relative, de petits trafic en faisant commerce de matériel récupéré dans la vielle ville, ils arrivent à se nourrir en se fournissant chez les rares agriculteurs installés de l’autre coté de la ville. Je m’engage dans un escalier sombre F10 me tiens fermement la main, enfin nous débouchons dans une grande salle, un « Parking » de peinture délavée se devine sur le mur. Là nous attendent des étales et les vendeurs de « récup ». On peut trouver de tout, des PC portables, si petits qui tiennent dans une poche, avec un clavier minuscule, des téléphones portables, des chargeurs, des appareils photos, tout ce qui faisait le bonheur et les loisirs des Résidents de Droit avant la crise. On trouve aussi des films sur des disques et sur des clés USB.