Politique et humour
Nous quittons Mario, et allons visiter une autre entrepôt, situé à quelques pâtés de maisons, là où sont généralement vendu des vêtements sortis en contrebande des tours. C’est ici que nous avons pu acheter une combinaison de travail bleue, celle que porte F10 ce soir , les femmes portent des combinaisons de travail roses, le bleu lui va à ravir, mais, je me garderais bien de lui dire. Nous sommes allés chacun de notre coté dans des écoles spécialisées. Garçons et filles sont séparés comme la loi l’exige, nous ne connaissons pas nos parents, nous avons été placé bébé dans une nursery, chargée de nous élever, c’est la coutume désormais. Ensuite nous sommes allés dans de différentes écoles, les épreuves de sélection nous ont permis d’accéder aux postes que nous occupons dans l’Usine. F10 est tentée par une chemise à motif de différentes couleurs, elle ne pourra la porter que chez elle, les excentricités vestimentaires sont réprimées dans la tour ainsi qu’au Boulot. Elle est à chaque fois toujours très intéressée par la façon dont les femmes des Non Résidents travaillent le tissu pour en faire des tenues si saillantes et aussi agréables, un savoir que nous ne possédons plus. Nous nous promenons devant les étals, la vie hors les tours s’est organisée, et il semble que nous serions les seuls à le savoir, Les Forces de Sécurité des Trafics , d’après les commerçants, s‘aventurent très rarement par ici.
Nos sortons du bâtiment, nous quittons le marché pour retrouver l’air libre, respirez l’air de la vielle ville, c’est comme respirer l’air d’ailleurs. C’est vivre autrement, cette nuit , il fait frais sans faire froid, le ciel est étoilé, le vent fait voler les cheveux de F10, elle a plié sa casquette dans une poche de sa combinaison de travail. Elle me prend la main et nous nous acheminons sans précipitation vers les tours, nous ne prendrons pas le Politain, nous devrons rester attentif, pendant cette marche, il nous faudra éviter de rencontrer et de nous faire contrôler par une patrouille de FST, les sorties ne sont pas interdites mais non recommandées. Un contrôle serait obligatoirement notifié par l’Officier de Police, le maintien de l’ordre est devenu dans l’espace de tours, insupportable, une vrai maladie qui met nos libertés en péril. Cela est le contrecoup d’une politique longtemps menée contre l’immigration, les Résidents de Droits ont peur des Autres, ils ne cherchent surtout pas à les connaître ni à les reconnaître, ils vivent repliés sur eux même sans esprit d’ouverture, manipulé par le dicoweb, dont pourtant les programmes sont discutés et votés. Le débat , à ce train là, ne risque pas de s’élever.
Nous progressons d’un pas lent, au loin les tours encore illuminées nous indiquent la direction à suivre. Nous presque arrivés au pied de la tour 121 , déjà , la vie a repris son cours, le balais des Boulonneurs en face des ascenseurs (le mot travailleurs fait rire certains, alors, je me méfie) , nous devons monter dans nos logements , nous changer et prendre une douche avant d’aller pointer au Pôle Emplois. A toute à l’heure me glisse F10 dans un charmant sourire. Nous sommes satisfait de cette soirée, il est certain que nous ferons une nouvelle sortie , le plus tôt, possible. Pas ce soir, j’ai déjà organisé une rencontre avec des collèges de travail, une soirée cinoche, F10 , je la préviendrai ce midi. Nous passerons un film d’actualité des années 09. Le commencement de la crise vécue par nos ancêtres. Je vous résumerais l’histoire, un autre jour, mais si voulez venir, vous êtes cordialement invités, surtout soyez discret. On a le droit de recevoir des amis chez soi , c’est assez nouveau , pendant longtemps , les réunions à plus de quatre personnes devaient être déclarées. Mes amis et moi sommes à l’origine de cette modification de la loi, mais , cela n’a pas été facile, il a fallu batailler et argumenter comme des fous. Depuis, ce jour, je me sens espionné, contrôlé, paranoïa certainement.