Politique et humour
L’intégration à la vie militaire ne fut pas trop difficile, ils ont eu droit à des missions faciles, éloignés des marches épuisantes effectuées principalement par le contingent casqué.
Les passages discrets du chef pour inspections lui valurent rapidement le surnom de «Pied léger », on ne pouvait entendre ses pas, ni sur le gravier ni sur le parquet, de plus sa conduite automobile, d’une très grande prudence était d’une grande souplesse. Le voyageur ne subissait jamais de départ brutal ni d’arrêt violent. Les voitures jamais n’émettaient le moindre grincement, les vitesses passaient en douceur, sans à coup. Question de godasses disait il, semelles de crêpe ! Le temps passe, les trois compères du service auto s’entendent comme larrons en foire, ce sont chaque soir des parties de cartes avec enjeux, pas entre eux bien sur, la connivence est déjà trop forte, mais avec des invités, enfin des soldats qui s’engagent dans des soirées où la belote, le poker ou le tarot l’emporte sur toute autre activité.
La chambrée du service Auto devint très fréquentée, elle s’apparentait de plus en plus à une salle de tripot.
Les deux bleus ont pris leurs marques, l’un des deux est très grand et très mince, il excelle dans toutes les activités mécaniques, l’entretien des moteurs est devenu grâce à lui un art, à un point tel que les gradés de la caserne n’hésitent pas à lui confier leur véhicule personnel pour toutes révisions. Pied léger lui a donné comme surnom « fil de fer ». Cette activité annexe laisse au groupe du service Auto beaucoup de latitude en matière de permissions.
Le troisième acolyte, petit, râblé, très musclé, il profite de son temps de libre pour pratiquer la gymnastique et le sport en général. Il a acquis ainsi une force peu commune et une très grande confiance en lui, il n’a peur de rien, les exercices et les efforts quotidiens l’ont endurci, il sait qu’il pourra résister à tout, et qu’il saura se jouer de tous les aléas de la vie. Par dérision, Pied léger l’affubla du surnom ridicule de « Rase motte » , ce dernier l’accepta avec un haussement d’épaules.